Musique Zouk revival dans Nova

Friends got surprised I could write about Zouk.

Cela commence par une rumeur. Vous en parlez autour de vous et vos amis vous regardent comme un débile. « Un revival zouk ? T’a vu ça où ? » - « Ben, sur toutes les chaînes musicales le samedi soir ». Et là, vous réalisez que les journalistes musicaux ne regardent pas MCM, MTV et le reste. Ils reçoivent directement la vidéo de Beyoncé par la poste et souvent, ils la donnent à la fille de la concierge car c’est elle, en général, qui leur raconte ce qui se passe dans le vrai monde. C’est ce qui arrive à force de chroniquer des disques en import.

Alors voilà, depuis plus de six mois, le zouk français revient en force. Et l’underground étant ce qu’il est, si les vidéos sont visibles sur MCM depuis six mois, cela veut dire que le mouvement bat son plein dans la communauté antillaise depuis plus d’un an. Pourtant, la presse n’a pas beaucoup parlé du phénomène. C’est normal, depuis qu’on sait qu’un des Daft Punk est le fils du mec qui a fait la Compagnie Créole, la méfiance envers ce genre musical est totale. Le zouk, on le sait, n’a jamais disparu des clubs antillais de la capitale.

Mais ce qui a changé, c’est que le zouk incorpore désormais des sons electro et, du coup, change progressivement son image. Le label français Up Music est clairement leader sur le secteur avec la sortie, dès l’été dernier, de « Dis l’heure 2 Zouk » (200 000 albums et un million de singles). Avec la sortie de la compilation « Dis l’heure 2 Ragga Dancehall » le 22 juin, il faut s’attendre à une répétition des records de vente. Un morceau comme « Elle Veut » de Taïro et Flaya rejoint d’autres disques inclassables comme « C’est Trop » de Singuila qui arrivait à fusionner esprit twist 60 avec le son R&B de la banlieue. Il se passe des choses incroyables dans ce son français du R&B qui est pourtant considéré, par tout le monde, comme une « machine à faire du fric ». Les fusions musicales vont dans tous les sens comme Willy Denzey et « L’orphelin » (Small) qui signe la fin de son clip avec un logo « Rai & B fever ».

Le gros succès du moment, c’est bien sûr « Reviens Dans Ma Vie » de Passi (V2). Tout est presque dit dans ce morceau : le morceau est fondamentalement zouk, mais la voix de Passi lui donne un aspect plus rugueux tandis que le bridge est complètement R&B. le morceau est drôle sans être débile, la vidéo n’est pas top, mais la chorégraphie de Passi, à la fin, est clairement antillaise. C’est plus qu’un clin d’œil.

Le dénominateur commun à ce renouveau s’appelle toujours Jacob Desvarieux. Depuis un an, il multiplie les featuring et il apparaît dans un nombre croissant de vidéos. Si Kassav a subi plusieurs années d’écart, il produit et influence un nombre croissant d’artistes hexagonaux. De fait, une chose assez incroyable est arrivée à Jacob. À force de ne pas vouloir disparaître, sa voix douce et presque synthétique est devenue un sample. Son timbre vocal est aussi reconnaissable que celui de Roger Troutman de Zapp ou Ronald Isley des Isley Brothers. Très peu de chanteurs, et encore moins français, peuvent se vanter de posséder une voix qui, utilisée dans un featuring, garantit à elle seule le devenir d’un hit.

Et bien sûr, Kassav sort un nouvel album le 17 août, toujours chez Up Music, et Desvarieux admet qu’il sera « brutal ». Il sera intéressant de vérifier si Kassav va être le détonateur de la nouvelle génération. Ce groupe vieux de 25 ans est largement capable d’assimiler les révolutions techniques récentes et de les répercuter en force à travers ses multi-instrumentalistes. Mais il est aussi très dépendant de la fidélité qu’il doit à son public plus âgé. Enfin, le vrai défi de Kassav sera de casser son image. Etre plus militant ? Etre un leader d’une communauté toujours aussi peu visible ? Dans une interview récente dans le magazine CitéBlack, Jacob Desvarieux disait : « Je me dis que c’est normal de se battre quand on est minoritaire. Nous avons des gens brillants dont personne ne parle dans notre communauté. Et même mes enfants me disent qu’ils veulent être Américains parce que les seuls noirs acceptables qu’ils voient à la télévision sont Américains ».

Le seul détail qui rebute encore beaucoup d’observateurs, c’est le styling. Les pochettes des disques de Up Music se cantonnent clairement à l’esprit traditionnel zouk. La vidéo de « Reviens Dans Ma Vie » de Passi est OK, mais ce n’est pas avec une imagerie BD d’Angoulême qu’on donnera ses lettres de noblesse au Zouk New Look.

L’inspiration pourrait venir de l’étranger. L’exemple de Sean Paul devrait pourtant être évident. Le ragga est passé directement d’une localité imaginaire tropicale (les îles, la Floride, tout ça) à la mégapole californienne. Car le mouvement français est entraîné par le dancehall et le ragga. Le succès d’une star comme Sean Paul n’a pas laissé que des souvenirs moites. Comme Shabba en son temps, Sean Paul a révolutionné le son en lui donnant un edge beaucoup plus urbain, beaucoup plus mixte. Mieux, le « Turn Me On » de Kevin Lyttle (Atlantic) fusionne à lui seul le nouveau son : zouk, soca, ragga light et tout un assemblage de sons de synthés qui rappellent étrangement le latin hip hop de la grande époque (Joyce Sims, Mantronix, 1987). Et au-dessus, une voix complètement garage qui pourrait faire supposer que le disque est déjà un classique dans les soirées de Timmy Regisford à New York. Après avoir été N°2 en Angleterre, « Turn Me On » est en train d’escalader les charts américains (39ème place »). Originaire de l’île de St Vincent, Kevin Lyttle affirme aussi par un look différent. Il n’est pas le cador du dancehall, il en est le petit grillon. C’est ce qui le rend si ambivalent, si Body & Soul. Enfin, le vrai génie de ce morceau, c’est sa légèreté qui affirme le nouveau terrain de prédilection du de la nouvelle génération. On est loin de l’artillerie lourde du zouk ou de la soca festive presque Club Med : ici, tout est limpide, très peu d’instruments, on ne cherche pas à vous casser la tête. On retrouve cet état d’esprit cool dans le fantastique « Suga Suga » de Baby Bash (Universal) qui ressemble à un « Summertime » de Mungo Jerry (waouh !) avec un son plus hip hop doux et une instrumentalisation presque minimale. Mais le remix, lui, est clairement ragga.

Comme si Kevin ne suffisait pas, il y a son sosie, Wayne Wonder avec ses deux tubes « No Holding Back » et « Bounce Along » (Atlantic). Ici, la vidéo montre un mec fluide, avec une fusion de tous les sons des Antilles exportés pour Manhattan. La communauté d’Haïti de New York a su trouver ici un support idéal à son carnaval annuel. D’ailleurs, le premier tube de Wayne Wonder, « No Letting Go » a été N°1 en Jamaïque et à New York en 2000, propulsé par les radios WBLS et Hot 97. Cela se voit également à des petits détails comme l’intro de son dernier album qui ressemble étrangement à une présentation de producteur house de Chicago. Wonder renouvelle le genre en créant une sorte de Zouk Low Key qui reste irrésistiblement dansante sans provoquer des complexes à ses fans. Autant la musique antillaise était connue pour ses refrains un peu simplistes, ici on se trouve face à des mélodies instantanées. Il suffit de voir la vidéo deux fois sur MTV pour se réveiller pendant une semaine avec l’air dans la tête.

D’ailleurs, un chart comme le Urban 50 de MTV ne cesse de révéler des références Zouk. La vidéo remixée du « P.I.M.P » de 50 Cent figure des steel drums de la Barbade, sûrement le son à utiliser dans les mois qui viennent pour se garantir un tube mondial à peu de frais. Quoi de plus beau et rare que des steel drums ? Et il faut pas oublier l’influence des Antilles se retrouve dans un morceau aussi planétaire que le « Never Leave You » de Lumidee, sûrement le plus beau morceau sorti depuis un an. Le futur s’annonce solaire pour les Antilles.