Porno Chéri, j’ai rétréci les tétons

Quelque chose est en train de disparaître chez les gays. Les tétons. Si on en croit l’image de l’érotisme homosexuel que donne le porno, les tits sont en train de se dissoudre dans l’air du temps. C’est un énorme paradoxe, à un moment où les hommes, gays ou hétéros, n’ont jamais fait autant de gym que de nos jours. Avec des programmes de training qui ne laissent plus rien au hasard, avec des machines plus efficaces qu’avant qui développent tel ou tel muscle, et une gamme de stéroïdes et d’hormones de croissance qui n’est même plus objet de débat, les hommes, gays ou hétéros, sont tous énormes. Même les asiatiques sont en train de rattraper leur retard et le corps gay, en particulier sur Tumblr, est devenu d’une beauté hallucinante. Les corps sont développés de partout, d’une manière harmonieuse, et surtout les pecs.

Puisque les pectoraux sont magnifiques, on devrait penser que les tétons sont toujours leur point focal, le bout le plus sensible, le sommet sensitif. Surtout qu’ils sont désormais recouverts de poils, ce qui attire la caresse. Le poil, la gym et les piercings mettent en valeur le téton. Il y a encore dix ans, quand vous rencontriez un mec, le jeu avec les tétons ne se résumait pas un foreplay de 2 minutes, c’était tout un travail. Un de mes amis m’avait raconté qu’il en avait marre de rencontrer des mecs qu’il appelait les « transistors », parce qu’ils avaient les deux mains occupées à titiller les tétons, comme s’ils cherchaient une chaine de radio (ancien modèle). Et pourtant cet ami aimait les tétons, il trouvait juste que c’était trop systématique. C’est pour dire à quel point il s’agissait d’une pratique sexuelle répandue.

Ça n’a pas toujours été le cas. Dans les années 70, ça se faisait, mais surtout aux États-Unis. Les mecs se léchaient les tétons, mais pas trop, car c’était vu comme une pratique un peu trop hétérosexuelle. Les gays étaient alors tellement en train de construire leur sexualité qu’ils voulaient se démarquer des fantasmes hétéros. Donc les tétons n’étaient pas encore de rigueur, même si on sait bien que les gens aiment ça.

Il s’y sont vraiment mis dans les années 80. Je me rappelle avoir publié dans le N°3/4 Magazine une short story d’Andrew Holleran qui s’appelait « Nipples » (en bonus cadeau à la fin de ceci) et qui théorisait tout ça, en disant que c’était une chose géniale qu’il fallait faire entre hommes, puisque les corps des clones devenaient de plus en plus beaux et masculins. Comme la virilité s’accentuait, les tits n’étaient plus une partie féminine de l’homme, c’était devenu un jeu central pour s’exciter ou s’occuper de son partenaire. Dans le porno, on voyait souvent un acteur jouir alors que son partenaire lui suçait les tétons ou les titillait. C’était presque devenu un cliché.
Et puis, c’est devenu le moment où beaucoup de cuirs se sont percés les seins, avec des chaînes, des clippers et tout un attirail métallique. Dans les années 90, ça bipait dans les aéroports car tout le monde s’est mis à percer ceci ou cela.

Et puis pouf. Dans le porno des années 2000, j’ai remarqué qu’on s’occupe de moins en moins des seins. C’est comme si tous les réalisateurs avaient signé une charte ou suivi les conseils de tendance de Hedi Slimane, genre « on l’a tellement fait, il faut tourner la page ». Il y a des acteurs qui aiment toujours ça et qui le font parce que ça les excite et qu’ils ont besoin de ces stimuli pour jouir. Mais il y a une majorité qui semble ne plus être sensible à ça, pire, qui donne l’impression que les tétons ont disparu.

C’est connu, de nombreux films montrent des orgasmes sans la moindre participation du ou des partenaires. Il y en a qui ne se touchent pas, qui ne caressent pas l’autre, qui n’embrassent pas. Souvent, on a envie de leur dire « Ben fais quelque chose, idiote, participe ! Prends des initiatives ! ». Le premier mec jouit sans que l’autre fasse quoi que ce soit. Et le second jouit après, alors que le premier regarde, sans intervenir. Bon, on sait que ce genre de posture est sexy, ça met de la distance dans l’érotisme et ça permet d’avoir un cadre plus net. Mais quand même.

Et dans le porno, cette attitude « je suis capable de m’occuper moi-même tout seul « (moi, moi, moi), ça donne une disparition lente et progressive d’une pratique qui était dans la norme il y a encore dix ans. Je ne dis pas que le porno est le reflet de ce qui se passe dans la vie. Je sais bien que les gays font autrement. Bien que. Ça arrive de voir sur FB des mecs qui se plaignent à haute voix que les gays font de plus en plus mal l’amour, ce qui est encore une fois étonnant puisqu’ils n’ont jamais été aussi techniques. Il y a des jeunes de 20 ans qui sont des experts du fist alors que cette pratique concernait surtout les mecs de 40 ans et plus. Et j’ai des amis français qui me disent que les gays américains baisent mal, ce qui m’étonne aussi car j’avais une autre idée sur la question.

Je crois que cet évanouissement de l’érotisme autour des tétons est une des conséquences du côté automatique de la drague sur Internet. En 15 ans, on est passé à une génération du « plan » pour tout le monde. C’est la baise programmée. Vous avez des amis qui vont en vacances à Berlin ou partout ailleurs et vous ne pouvez pas les voir parce qu’ils ont une partouze à 11h, une baise à 15h, une autre à 20h. Et parfois une autre plus tard. On va droit au but, la bite. Et cet emploi du temps, c’est celui de la classe A, celle des mecs qui voyagent et qui rentrent à la maison en racontant qu’ils ont baisé 4 fois par jour. Bien sûr, ça donne envie. Et puis, avec les applications de drague géolocalisée, c’est tout le monde qui s’y met maintenant. Dans mon coin de Normandie, il n’y avait pratiquement personne sur les sites de drague. Maintenant, vous avez des mecs qui viennent passer un week-end dans la région, et vous pouvez les rencontrer parce qu’ils ont une fenêtre d’opportunité de baise qui se libère quand ils vont chercher en douce le pain au village voisin.

Donc je crois (je peux me tromper hein) que cet abattage sexuel ne donne pas beaucoup de temps pour le jeu social qui permet de perdre son temps pour mâchonner dans les règles les tits des autres.

Ou alors les mecs baisent tellement que leurs tits leur font mal et qu’on ne peut plus les toucher.

Ou alors on est tellement dans la culture du corps superbe que les mecs ne veulent pas qu’on tire sur leurs seins sinon ça va déformer leurs tits et que ça fait trop connoté avec la scène SM d’avant.

Ou alors c’est comme les femmes à la Russ Meyer qui ne veulent pas qu’on touche leurs seins parce que ça va les abîmer.

Ou alors ils ne veulent pas que leurs tits soient trop visibles sous la chemine quand ils enlèvent leur veste de costard au travail.

Ou alors les mecs sont tellement cassés avec leurs mélanges de drogues « récréatives » que ça change la sensation ou qu’ils ont complètement oublié de le faire, allez savoir.

Ou alors les bears qui sont au sommet de la culture gay de Now ont une théorie secrète anti-tits, mais ça m’étonnerait.

Ou alors c’est une pratique trop safe et Warning pense que ça fait perdre du temps au barebackers. Contaminez-vous tout de suite les mecs, vous penserez aux tits plus tard !

Ou alors les jeunes trouvent que c’est une pratique sexuelle trop liée à la génération précédente et ils disent « beuargh ». Sur SMS.

Ou alors, s’il faut chercher dans un inconscient collectif zarbi, on pourrait dire que l’attention est descendue sur le sperme et que du coup on laisse tomber les seins puisqu’à l’époque du safe sex, c’était l’endroit imaginaire du lait, même chez les hommes.

Ou alors c’est chacun pour soi. Moi j’ai déjà joui donc je m’en fous complètement comment tu t’en sors. D’ailleurs tu peux partir STP, j’aimerais bien checker mon FB et mon compte Gmail plan cul.

Ou alors c’est devenu une niche hyper spécialisée de DVD de cul comme ces mecs qui baisent avec des bas de femme (pffff) ou ceux qui ont un délire avec les godasses de skaters - ah mais pas n’importe lesquelles hein.

Ou alors t’es sensible des tits, ça veut dire que t’es une chiennasse et c’est connu, folles s’abstenir.

Ou alors ce délire des tits, c’est juste un délire gay qui a disparu, comme beaucoup d’autres et on croit que ça va revenir, mais c’est comme Harvey Milk, ça appartient au passé et tu devrais arrêter d’y penser, tu te fais du mal pour rien je t’assure.

Ou alors c’est la génération qui est née pendant Tchernobyl et ils sont vaguement différents bien que ça n’explique pas pourquoi les Américains sont comme ça aussi puisque le nuage n’est pas allé jusqu’à Boulder, Colorado.

Ça doit être tout ça en même temps. C’est pas sympa pour nous qui aimons toujours ça.

Photos

Nipples 1

Nipples 1

Nipples 2

Nipples 2

Nipples 3

Nipples 3

Nipples 4

Nipples 4