Porno Le tue l’amour du porno

En avant goût de mon prochain papier exclusif sur l’état de la literie dans le porno gay (et il y a des trucs à dire croyez-moi), je vous propose une analyse sur un truc brûlant que je remarque de plus en plus : le plan d’en dessous qui bloque sur la sodomie regardée à partir du sol. Oui, je sais, c’est tout aussi nécessaire que de faire une thèse sur les poignées de porte dans la filmographie de Kristen Bjorn (et il y en a, de toutes les formes, du gros machin en métal doré du Brésil aux chevillettes grecques) ou d’étaler sa science sur les bruits de fond chez JNRC (et il y en a, des sirènes de police aux klaxons pendant l’orgasme, aux portes qui claquent dans le couloir de l’immeuble). Après tout, il y a plein de sujets drôles dans le porno et on peut complètement chroniquer un film, même bon (mais surtout nul !) en énumérant les énormités accumulées par le réalisateur, un peu comme le fait Yannick Dahan à la télé pour ses films fétiches de Steven Seagal. Si on ne peut plus rire dans ce domaine alors que l’on s’expose énormément en décrivant quoi que ce soit sur le porno, ce qui demande beaucoup d’audace ma foi, alors autant arrêter tout de suite.

Mais le plan par dessous (je ne connais pas le terme technique et franchement il m’énerve tellement ce plan que je n’ai pas envie de connaître son nom, et on l’appellera ici comme ça) est une vraie petite plaie du porno moderne. Je m’explique.

Dans tout porno, il y a des plans de caméra obligés. On montre la pénétration de côté, de face, du haut et en dessous. Il y a d’autres plans, bien sûr, mais ceux-là sont les plus importants. Le plan d’en dessous, qui a toujours existé, j’insiste, devient très populaire aujourd’hui. Pour résumer les tendances, on a passé les années 2000 à montrer les mecs de profil. Pas de trois-quart, ce qui est déjà excitant, non, de profil. J’en ai déjà parlé, à un moment je disais que le porno gay, c’était Walk Like an Egyptian. Souvent, ça donnait au porno gay un côté marionnettes chinoises avec des personnages en silhouette qui s’enculent. C’était tellement métronomique qu’on réalisait qu’il y avait de moins en moins de plan de face, ce qui est pourtant le plus excitant (pour moi) parce qu’on voit alors tout : le visage, le corps, la bite, le mouvement, le cadre même. Dans le porno gay, tout est si clean parfois que ça ressemble à une chorégraphie codée. De profil, les corps sont résumés à un segment physique qui ressemble en effet, à ces petits jouets grecs où on voit un couple baiser.

Aujourd’hui, il y a encore beaucoup de studios qui font ça mais moins, on est entré dans une nouvelle phase où on nous montre plus et de plus près et c’est là où le plan d’en dessous est devenu la norme depuis plusieurs années. Ce plan, c’est le plus intime de la pénétration, c’est ce qui se passe au plus près de l’organique et vous avez compris de quoi je parle. On voit la bite pénétrer l’anus avec tous les jeux que ça suppose. Il y a des mecs, j’en parlerai plus tard, qui sont les stars de ce plan par dessous car ils ont des culs tellement beaux que ça rend dingue. Comme dans le porno hétéro avec les filles.

Le problème, c’est qu’il y a tellement de plans pris par dessous désormais qu’on se demande si la sexualité, c’est quelque chose qui se regarde à partir du parquet. Je n’exagère pas ! Ca dure si longtemps que souvent ça brise totalement le rythme du couple ou de la partouze, comme si le monteur du film avait encore badé sur le gros plan ou s’il est carrément parti faire pipi ou pire (c’est souvent le cas). Je sais très bien qu’il y a des mecs qui sont obsédés par ce plan, cette tendance ne s’est pas imposée par hasard. Les clients aiment ça et le font savoir. Par texto en général. Nan je rigole. Le fait est, il y a de plus en plus de gens comme moi qui trouvent qu’on ne voit plus les acteurs et qui utilisent trop l’avance rapide de leur télécommande alors que le but ultime d’un film porno, comme dans le cinéma normal d’ailleurs, c’est de clouer le spectateur sur place avec absolument pas l’envie d’avancer le film pour voir ce qui se passe ensuite.

Il y a des raisons pour ça. Pour le réalisateur comme pour les acteurs, c’est de la flemme. Tout ce temps passé à ne pas voir leurs visages, c’est du temps gagné hors caméra, si je puis dire. Et ça m’énerve parce que si je regarde un film avec un mec vraiment bien, je n’ai pas envie qu’on me montre juste 20 cm de son anatomie, please, et on sait aussi que ce plan par dessous est un plan raccord, ça se met entre d’autres plans plus larges où on voit enfin qui fait quoi et surtout comment.

Pour un acteur normal, je veux dire un acteur efficace, le plan d’en dessous n’est pas fatiguant : il peut tenir comme ça presque indéfiniment. C’est juste un mouvement hydraulique, c’est ça qui est excitant, je sais, aussi. Il y a de la puissance dans la répétition et l’endurance. Mais quand le mec actif moins efficace commence à se fatiguer, ce plan d’en dessous devient une source d’inquiétude. On voit qu’il commence à ramer. Et ce qui est vraiment unique dans le porno, si vous réfléchissez bien, ce sont les gestes, les mouvements du bassin et du corps entier, des jambes, comment se comportent les bras et bien sûr le visage des acteurs, comment ils expriment ou surjouent leur plaisir. Ces gestes-là, ce ne sont pas des gestes qu’on voit dans le métro ou dans la rue. C’est réservé au porno. Il y a des acteurs excités qui transpirent ou il y a des mecs hyper froids qui n’expriment rien et entre les extrêmes il y a toutes les personnalités qui communiquent à travers leurs corps et leur voix. C’est là où certains acteurs se montrent si intenses qu’ils deviennent des stars. Des acteurs comme Antonio Biaggi, Matt Hughes ou Fred Faurtin ne deviennent pas des célébrités uniquement parce qu’ils ont des bites merveilleuses. C’est parce qu’ils bougent.

Par exemple, Miguel Leonn dans « Passport To Paradise » , c’est la chorégraphie dont je parlais plus haut. Il enchaîne les variantes de la position qu’il veut, toutes les 20 secondes sur un autre rythme, un autre geste, tout ça dans un déroulé qui permet des séquences très longues parce que le mec fait tout. C’est la caméra qui le suit, pas l’inverse, en espérant surtout ne pas perde aucune miette de l’action. Ces mecs sont réellement nés pour ça, ce sont des passeurs sexuels à travers le porno, reproduisant des gestes d’avant et inventant de nouveaux, exactement comme les gymnastes.

Fred Faurtin dans « Hung Lads Ripped » a une telle assurance avec sa bite qu’il peut bouger comme il veut, il ne perd jamais son érection donc il peut se concentrer sur l’expression de son visage, sourire même comme dans « Match Maker », les mouvements de son ventre, tout ce qui fait de lui un prédateur. Matt Hugues lui est au-dessus de beaucoup d’acteurs en termes de naturel. Dans sa séance avec Ben Taylor dans « 11inch Fuck Stud », est excité comme jamais et il suce vraiment bien pour un hétéro (à ce stade, il est tellement beau avec ses poils en V qui montent sur les pecs que je m’en fous s’il est héréro ou gay, vraiment).

Je choisis ces quatre acteurs au pif, pour montrer que la célébrité passe par leurs mouvements. On pourrait même expliquer que le succès immense d’un acteur comme Leo Giamani passe, au contraire, par son incapacité à sucer ou même bouger. C’est un acteur qui a fait plein de films de cul mais qui se montre toujours un peu rigide, comme si c’était le premier film de cul qu’il fait (très malin). Et il y a des acteurs qui, je le disais, sont tellement bons qu’ils sont mis en valeur par le plan en dessous. Jake Deckard a bluffé tout le monde au milieu des années 2000 car les gens n’en revenaient pas de ce cul poilu bronzé avec ces poils bouclés blonds, ces grosses fesses musclées et bien sûr cet anus que l’on peut qualifier en un mot : professionnel. Comme celui de Blake Harper, ce sont des organes masculins qui répondent si bien au stimuli que les voir par en dessous, c’est comme si vous étiez sur place ou, pour comprendre mieux, si vous étiez juste en dessous du vaisseau mère de « Rencontre du Troisième Type » quand cet énorme soucoupe se pose lentement sur la piste d’atterrissage. Il y a des lumières partout !

Rod Stevens aussi, est un des rares acteurs qui fait qu’on ne met pas avance rapide sur les plans d’en dessous. Ce mec est versatile mais quand il se fait enculer, on voit cette incroyable face intérieure des cuisses recouverte de poils brun, comme autour de son anus et de son ventre. C’est un acteur paumé du centre de l’Europe mais je sais qu’il a un following (et j’en fais partie, il y a un groupe FB, nan je rigole) et c’est extrêmement rare de voir un mec viril de partout, mais surtout d’en dessous. Un autre acteur c’est Jay Black, lui aussi 100% versatile, mais qui a un bubble butt tellement parfait qu’on dirait qu’il est dessiné au laser. De toute manière Jay Black est hallucinant tout le temps, on dirait presque une poupée gonflable tellement sa peau noire est superbe, satinée. Il y a plein d’acteurs comme ça.

Mais voilà, souvent, le plan d’en dessous est un tue l’amour. Désolé de vous faire débander. En fait, c’est un plan fourre-tout, celui qui permet de remplir les 15-20 minutes d’une scène avec les 3 positions réglementaires. Et parfois aussi, le formatage de certains studios comme Falcon ne donne que peu d’angles d’action. On vous montre les mecs de côté, de trois-quart, de dessous – et c’est tout. Disparus les plans de face qui faisaient la beauté des films des années 70 et 80 et on arrive à une catastrophe que j’ai décrite des dizaines de fois : un acteur dont vous êtes dingue, doté de quelque chose qui fait sa renommée (son visage, ses pecs, son ventre, ses bras), ben vous ne le voyez pas. Ça existe. Il n’y a plus de plan de face. Vous vous dites, « Y’a Trevor Knight dans ce film donc c‘est tout bon » et quand vous finissez le film, vous n’avez pas vu l’acteur. Ça arrive au vrai cinéma aussi.

Et il y a une raison à ça. Le cinéma amateur change beaucoup de choses et je crois que ça provient de là aussi, le coup du réa qui s’est endormi au montage et qui laisse passer un plan de 2 minutes pendant lequel on ne voit ni l’actif ni le passif. Bienvenue dans la zone intermédiaire. Dans les films de fist aussi, c’est un plan courant mais là c’est normal. Mais tout ça contribue à réduire le scope de l’action porno gay. Tarzan, moi Jane, ou moi anus toi bite. Une réduction de la personnalité que l’on voit partout, surtout chez Treasure Island Mediaparce que, au niveau du bareback, le plan d’en dessous est forcément vedette. C’est là où on voit le mieux les bites sans capote et le sperme qui déborde. Donc le plan par dessous est un dérivé des pratiques hard qui se focalisent sur la localisation extrême du plaisir : la pénétration. Même s’il y a beaucoup de personnalités très fortes dans les films de TIM, finalement, le plan principal, c’est ce qui se passe avec la bite. La caméra st très serrée. Parfois on voit les bites des mecs jouir mais on n’a pas vu leurs visages, qui ils sont. C’est l’anonymat. Pendant un moment, même une star complète comme François Sagat n’est qu’un beau cul pris par en dessous. Sa personnalité est réduite. C’est devenu un glory hole. Je sais très bien que c’est excitant, mais ça devient trop répandu.

Et il y a des films parfaits qui sont fout en l’air par ça. Bien sûr, il y a quelques moments orgasmiques et plus le film est célèbre et plus il y en a. Mais pour certains, il aura fallu beaucoup utiliser le fast forward de la télécommande. Pour certains de ces films, on finit pas être vénère et changer de DVD, tout simplement. Next.